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Dans son roman Vie et destin, Vassili Grossman compare et rapproche les régimes totalitaires nazis et communistes. L'Obersturmbannführer Liss commandant du camp de concentration où est emprisonné le vieux léniniste Mostovskoï lui dit : « Quand nous nous regardons, nous ne regardons pas seulement un visage haï, nous nous regardons dans un miroir. Là réside la tragédie de notre époque. Se peut-il que vous ne vous reconnaissiez pas en nous ? ».
John dos Santos rapproche lui aussi les deux totalitarismes. Ainsi, Charlie Chang, agent de la CIA, explique au héros, l'historien Tomás Noronha : « En substance, les communistes ont fait tout ce que les nazis ont fait, avec la circonstance aggravante qu'ils l'ont fait avant les nazis. Avant. Tout le monde parle de Staline, mais on oublie que tout ce que Staline a fait, à l'exception du meurtre d'autres communistes, Lénine l'avait déjà fait auparavant. Police politique, censure, dictature, liquidation des opposants, persécution ethnique, culpabilité des gens déclarée en fonction de ce qu'ils sont et non de ce qu'ils font, persécution des syndicats et des grévistes, camps de concentration remplis d'innocents, esclavage, exécutions de masse… tout ça a d'abord été mis en place par Lénine, et non par Staline. le deuxième n'a fait que prendre la suite du premier. »
Ce roman est une vigoureuse dénonciation du génocide commis sur les Ouïghours par la Chine. Un article de journalisme ne serait pas aussi efficace que le roman de dos Santos. Pourquoi ? Parce que par le biais du roman, nous nous identifions à l'héroïne Madina, par son intermédiaire nous « ressentons » dans notre chair toutes les atrocités qui lui sont faites.
Par ailleurs, ce roman nous informe également de la stratégie hégémonique de la Chine, tout du moins du parti communiste chinois. Leur art de la dissimulation est tel que j'étais bien loin d'imaginer l'ampleur de la chose, dimension qui semble échapper à l'actualité « mainstream » d'ailleurs…
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C'est plus qu'un thriller, c'est un roman géopolitique qui, au travers d'un récit haletant, mêle l'histoire de la Chine à ses objectifs actuels, plus exactement ceux du Parti communiste chinois. Deux intrigues se croisent dans ce livre: le récit du héros historien portugais Tomas Noronha qui va tout tenter pour retrouver sa fiancée enlevée en même temps qu'une inconnue qui est une Chinoise de la minorité ouïghoure, minorité durement opprimée par le régime chinois.

C'est une course contre la montre et qui va mener nos héros à travers l'Inde, le Sri Lanka et le Japon...

La clé sera de trouver un dossier qui retrace la stratégie secrète de la Chine.

La jeune femme Ouïghoure dont il est question ici a une vie particulièrement difficile. Bien que membre du Parti communiste chinois, elle va subir des vexations, des discriminations et des violences, surtout à l'occasion de son emprisonnement dans un camp spécial, où elle va séjourner deux ans, à l'instar de près de 3 millions de personnes de cette minorité ethnique qui vont être également emprisonnées et amenées à faire des travaux non rémunérés après leur emprisonnement.

Au départ Madina avait tout pour réussir: intelligente et travailleuse, elle arrive à avoir un bon poste. Mais c'est alors que la présence des Hans (majorité ethnique du pays) dans sa région du Xin-Jiang (autrefois appelé Turkestan oriental) va devenir particulièrement oppressante: les élèves ouïghours n'ont plus le droit de parler dans leur langue à l'école, les adultes subissent quantités de mesures discriminatoires: files d'attente dans les administrations alors que les Hans chinois n'ont aucune queue à faire, retrait des passeports, mise sur écoute, non accès aux postes de l'administration ..

Elle va connaître l'horreur des camps de concentration, les laogai de sinistre réputation, où les prisonniers et prisonnières sont maltraités et affamés, et où des horreurs sont courantes: stérilisations forcées, trafic d'organes humains...De nombreuses personnes de cette minorité sont enfermées, pour un oui ou pour un non: ceux qui téléchargent l'appli Whatsapp par exemple, ou ceux qui ont communiqué avec des membres de leur famille partis en Turquie ou au Kazakhstan afin de fuir les discriminations...De manière générale, tous les "fengjiang" sont suspects, tous ceux qui n'appartiennent pas à l'ethnie dominante han.

L'histoire est très mouvementée et je n'en dirai pas plus.. Encore une fois l'auteur-journaliste portugais dos Santos nous impressionne par son talent et toute la documentation qu'il a utilisée, tant dans le domaine historique que technologique et social.

Le livre donne un aperçu de la stratégie chinoise actuelle qui se base sur des faits historiques anciens, stratégie inspirée entre autres par l'épopée historique ancienne des Royaumes combattants. La Chine aurait perdu le "ba" (sorte de suprématie) du fait de l'essor de l'Occident dans le passé. Elle chercherait à retrouver cette position de dominante du monde autour de plusieurs axes:
- utiliser la campagne pour encercler la ville = vassaliser les pays en voie de développement par le biais des nouvelles routes de la soie et ceci pour assiéger les pays développés;
- avancer "caché", se dissimuler afin de mieux obtenir des transferts de technologie vers la Chine et ceci en adoptant l'attitude "wan yuan nei fang" = rond à l'extérieur, carré à l'intérieur.. tout un programme, souple et gentil à l'extérieur mais dur et implacable à l'intérieur...
- être patient et attendre son heure (le shi)..
- encourager l'espionnage, entre autres en faisant pression sur les Chinois résidant en Occident,
- rendre la dénonciation de tout fait suspect obligatoire.

Tout cela est bien inquiétant et dépasse de loin le cadre de la fiction.. à tel point que la postface de l'auteur est très éclairante: il nous montre toute l'étendue de ce régime totalitaire: on a ici la plus grande détention de masse d'une minorité depuis l'Holocauste. D'autre part la Chine exporte ses technologies de "surveillance de la population" dans d'autres pays pas particulièrement démocratiques.. le Parti sait également, d'après l'auteur, tirer toutes les ficelles du lobbying, en matière culturelle par exemple, afin de "soigner" l'image de la Chine à l'étranger..
Dernière question évoquée par le livre: expansionnisme pour se maintenir au pouvoir? vaste question... l'expansionnisme serait une arme pour imposer une vision totalitaire des choses et empêcher les récits contradictoires à l'étranger... hypothèse largement suggérée dans le livre... de quoi frémir..

Bref un excellent livre du très talentueux dos Santos.. à lire surtout pour la documentation historique et géopolitique.
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« Big brother is watching you » avec des yeux bridés…

A travers ce volumineux roman ( 600 pages), José-Rodrigues Dos Santos nous plonge dans l'enfer que subissent le peuple Ouïghours, mais aussi les Kazakhs et les Kirghizes dans la province du Xinjiang à l'ouest de la Chine, près de la frontière tibétaine. On suit le parcours de Madina, jeune fille ouïghours que sa famille, de confession musulmane, a choisi, pour la protéger elle et sa famille, de faire entrer dès son plus jeune âge dans le système du parti communiste chinois.
Mais malgré son travail acharné, son adhésion aux idées du parti, son formatage intellectuel, elle reste et sera toujours considérée comme une autochtone, une « chinoise » de seconde zone. Malgré sa carte du parti, elle va endurer tous les tourments, toutes les atrocités que le parti communiste chinois a fait, continue de faire et fera encore subir à cette population que ce même parti trouve réfractaire à sa pensée unique.

Parallèlement à l'histoire de Madina, nous suivons les pérégrinations de l'historien Tomàs Noronha, personnage récurant de J-R Dos Santos, sorte d'Indiana Jones portugais, qui part secourir son épouse Maria-Flor, enlevée en même temps qu'une femme voilée, à la frontière du Tibet par des militaires chinois.

Par l'alternance des chapitres, l'auteur nous fait vivre tantôt les difficultés de Madina, tantôt les recherches de Tomàs pour retrouver son épouse.

Il y a donc bien deux livres dans ce roman. Deux ouvrages bien différents.
Le premier nous raconte la vie ou plutôt la non-vie de Madina qui ne comprend pas tous les obstacles placés sur son chemin malgré tous ses efforts. Cette partie, très documentés, nous fait entrer dans les coulisses du fonctionnement du parti communiste chinois et de la mainmise de ce dernier sur toute la population, ainsi que l'acharnement mis en place pour lutter contre toutes les formes de contre-pouvoir. Ce récit, bien que parfois un peu répétitif, nous interpelle, nous glace et ne peut nous laisser indifférent.

Le second de prime abord, n'apporte rien à l'histoire de Madina. Mais il permet surtout de mettre en évidence et d'expliquer les objectifs mis en place par le parti communiste chinois à travers la création des « Nouvelles Routes de la Soie ». Tomàs est aidé dans sa quête par Chang un agent de la CIA, chinois d'origine (on se croirait plonger dans Tintin au Tibet ).

Cette histoire « parallèle » permet à l'auteur de mettre en évidence les trois principes de base de l'actuel parti communiste chinois :
1-« Utiliser la campagne pour encercler la ville » ;
2- « Être rond à l'extérieur et carré à l'intérieur » ;
3- Cacher son jeu et attendre son heure ».
Si les deux premiers sont de Mao Tsé Toung, le troisième remonte à l'antiquité chinoise. Par contre, l'entrée en scène de la toute puissance américaine et à la fin de l'ouvrage, les effets spéciaux dignes d'un film de l'univers Marvel nuisent à la qualité du récit de l'histoire de Madina. C'est dommage.

En conclusion, ce roman très documenté et édifiant nous informe sur les visées mondialistes du parti communiste chinois, avec comme objectif de devenir la première puissance mondiale à l'horizon 2049, soit pour le centenaire de sa création, en rappelant la formule de Sun Tzu présente au début de l'ouvrage : « Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie » !
Une belle découverte, que je conseille.

Chronique en collaboration avec poesidées.
Blog : http://gerardpipa.blogspot.com/

Merci aux Editions Hervé Chopin de m'avoir permis de découvrir cet auteur
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Passionnant… et révoltant. C'est le premier livre de cet auteur que je lis et certainement pas le dernier. Avant d'être écrivain, José Rodriguez dos Santos est un journaliste, et le présentateur vedette du 20h au Portugal. Et ça se ressent dans son roman.

Très documenté et s'appuyant sur des faits vérifiés, c'est une plongée sans concessions dans la Chine d'aujourd'hui. Système quasi totalitaire, surveillance massive et totale des citoyens, oppression, persécution, torture et exécution des minorités ethniques ou de tous ceux qui s'opposent à la ligne imposée par le Parti.

On a bien sûr tous entendu parler des Ouighours et le monde s'est à plusieurs reprises ému de l'existence de ces centres appelés « camps de rééducation » par la Chine. Je savais que cette minorité ethnique vivait sous une menace constante de répression. Je ne me doutais pas que c'était à ce point.
Les faits décrits dans le roman, et confirmés dans les notes de l'auteur à la fin, sont terrifiants, et stupéfiants. Des millions de personnes sont enfermées de façon arbitraire dans des conditions qui rappellent les camps de la mort de l'Allemagne nazie. Pour les hommes et femmes qui y survivent, c'est le travail forcé, l'esclavage qui permet à la Chine d'inonder le marché international avec des produits à très bas coût. Pour ceux qui auront le droit un jour de rentrer chez eux, ce sera avec l'obligation de se soumettre entièrement à la doctrine du Parti. Une vie sous surveillance totale dans laquelle le moindre écart, télécharger l'application WhatsApp par exemple, peut valoir un retour direct dans ces camps infernaux.

Au delà des révélations sur les persécutions et le génocide en cours, ce sont également les perspectives de la Chine communiste et sa stratégie à long terme qui sont dévoilées. Comment le Parti place ses pions sur le plan international, année après année, décennie après décennie, en caressant l'espoir d'arriver à soumettre le monde à son idéologie un jour. Inquiétant.

Ceux qui ont déjà lu cet auteur retrouveront son personnage récurrent, Tomàs Noronha, qui fait équipe avec la CIA pour retrouver sa compagne ainsi qu'une autre femme au nom de code Dragon Rouge, enlevée par le pouvoir chinois car détenant des informations susceptibles de le déstabiliser
En parallèle nous suivons le parcours de Madina, une jeune femme ouïghoure qui va subir de plein fouet la violence du régime chinois.

Au niveau purement littéraire ce n'est pas le meilleur roman que j'ai lu. Certains dialogues manquent de justesse et certaines scènes d'action, de crédibilité. Mais qu'importe. du début à la fin on est emporté dans cette histoire et on découvre, au delà de ce qu'on sait déjà sur la répression des Ouighours, la réalité concrète de la dictature que le Parti communiste chinois a mise en place et ses velléités expansionnistes.

À lire absolument.
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Avec La femme au Dragon rouge, thriller érudit inspiré de faits réels, J.R. dos Santos récidive avec une 10e « aventure » de son historien expert en cryptologie et omniscient. Cette fois-ci avec comme objectif de décrypter les visées du Parti communiste chinois, particulièrement depuis 1949, « des stratégies fondatrices du Royaume des combattants aux nouvelles routes de la soie ». Un roman qui repose sur une recherche documentaire toujours impressionnante et sur des témoignages recueillis auprès de ressortissants qui ont fui le régime. Un roman qui « n'est pas un roman sur la Chine et les Chinois, mais un roman sur le Parti communiste chinois et sa vision de la dictature du socialisme nationaliste - c'est-à-dire le fascisme - qui produit tant de souffrances à l'intérieur de ses frontières, et qui est déjà en train de tenter de s'exporter vers le reste du monde. »

La recette dos Santos est mise à profit un récit en deux volets, raconté en alternance de chapitre en chapitre.

D'abord celui qui nous fait découvrir l'histoire une jeune Ouïghour (60 % du roman), Madina qui, en quittant son village pour sauver sa famille, subira les humiliations et les violences engendrées par les actions du Parti communiste chinois pour fomenter le génocide des communautés « non chinoises » (Ouïgours, Kazakhs, Huis, Kirghizes...) de la région du Xinjiang. Une opportunité pour l'auteur lui permettant de mettre en évidence les répressions du système :

• ne jamais contredire le Parti : « Tout ce que le Parti dit est vrai, même ce qui peut sembler contradictoire » ; « le véritable communiste est celui qui est prêt à croire que le noir est blanc et que le blanc est noir si le Parti l'exige » ;
• discrimination dans les offres d'emploi et au travail ;
• surveillance de qui fait quoi, qui lit quoi : tout le monde surveille tout et tout le monde se surveille ;
• omniprésence des caméras dans les rues, les édifices, au travail et même dans les résidences et différents moyens de surveillance pour étouffer toute révolte ;
• stérilisations forcées ;
• programme « Devenir une famille » avec pour but d'établir une unité ethnique et d'apprendre à vivre à la chinoise : vivre avec un Han (un Chinois) une semaine par mois avec prises de photos diffusées sur Internet pour montrer l'ampleur et l'étendue de l'emprise du Parti sur sur les Ouïghours et les humilier. Programme obligatoire ? « Non, mais refuser c'est remettre en cause le Parti » ;
• postes de contrôle d'identité et de permission de circuler « check points » à tous les 200 mètres ;
• ruban adhésif apposé sur la bouche des enfants qui, à l'école, osent parler leur langue maternelle au lieu du chinois même s'ils sont trop jeunes pour en connaître la langue.
• statut de précriminel et de contre-révolutionnaire comme, par exemple, avoir eu 3 enfants, ne pas avoir mis un « J'aime » sur un message d'éloge du Parti... invité à « prendre le thé au poste de police » ;
• camps de rééducation : lavage de cerveau, tortures, conditions de vie inhumaines ;
• usines de production de biens où les travailleurs non rémunérés sont traités comme des esclaves.

En parallèle, Tomá Noronha fait équipe avec un jeune professionnel de la CIA dénommé Chang, ex-espion aux États-Unis pour le compte de son pays d'origine ayant viré capotm se remémorant les affres subites par ses grands-parents à l'époque du Grand bond en avant de Mao Zedong qui a éliminé 30 millions de personnes refusant d'adhérer à l'idéologie du régime.

Les chapitres du volet fictionnel du roman permettent de dévoiler progressivement le jeu politique du Parti. Une stratégie inspirée par la période des Royaumes combattants, il y a deux mille cinq cents ans, qui dura cinq siècles, avec à son apogée l'unification des sept États sous la dynastie Qin. À l'origine du nom de la Chine, la terre des Chin :

• endormir sa méfiance de l'adversaire ;
• manipuler ses conseillers et l'encercler sans qu'il s'en rende compte ;
• voler ses connaissances et ses technologies qui lui donnent un avantage ;
• garder à l'esprit qu'une puissance militaire plus grande n'est pas un élément essentiel dans une guerre longue, si les autres facteurs ne sont pas favorables ;
• ne jamais se laisser tromper ni encercler par l'adversaire ;
• être patients et attendre le shi, le bon moment pour arracher la victoire « cacher son jeu et attendre son heure ».

Les exemples cités dans les conversations entre Tomá et Chang sont nombreux. Dans le contexte canadien, avec le scandale de l'ingérence chinoise dans le processus électoral, l'affaire Huawei et celle des postes de police chinois, l'emprisonnement des deux Michael... ce roman donne des frissons dans le dos :

• la nouvelle route de la soie : le financement des pays pauvres jusqu'à l'étranglement subtil de leur économie ;
• la mainmise sur des ports pour contrôler et s'assurer les allées et venues ;
• censure chinoise sur des produits culturels de l'Occident, la stratégie « utiliser un bateau emprunté pour aller sur l'océan » : « utiliser les outils culturels d'autres pays pour faire passer, de manière subliminale, le message du Parti. Les gens commencent à se construire une image fantasmée et bienveillante de la Chine, et surtout de son régime, sans avoir conscience que les films qu'ils regardent sont préalablement soumis à la censure du Parti communiste chinois. Ça ne vaut pas seulement pour les films, mais aussi pour la littérature, le journalisme... pour tous les aspects de la production culturelle. Et c'est insidieux. »
• les principes wai yuan nei fang (rond à l'extérieur, carré à l'intérieur : l'apparence extérieure flexible, la réalité intérieure inflexible ; wai ru nei fa (extérieurement bienveillant, intérieurement impitoyable) ;
• intervention des « amis de la Chine » lors de grands événements, par exemple dans les universités, ou lors d'interventions de personnes susceptibles « de heurter les sentiments du peuple chinois »
• l'image publique même du Lingxiu, le timonier du parti, le Chef « plus de deux mille délégués présents au congrès [...] debout, en train de l'applaudir en rythme, tandis qu'une musique triomphale [rend] le moment grandiose. [...] élégant, vêtu d'un costume sombre et d'une cravate magenta, une étiquette rouge avec son nom accrochée au revers de sa veste, arborant un sourire contagieux et un air bon enfant, tandis qu'il [arpente] la scène devant de gigantesques rideaux rouges. Winnie l'ourson. Une personne aussi sympathique pourrait-elle faire du mal à une mouche ? » ;
• et son discours sur :
o « le socialisme aux caractéristiques chinoises » qui ne commettait pas les erreurs ayant conduit à la chute de l'Union soviétique ;
o « la démocratie aux caractéristiques chinoises » signifiant qu'il n'y a pas de démocratie ;
o « la vie privée aux caractéristiques chinoises », qu'il n'y a pas de vie privée ;
o « les droits de l'homme aux caractéristiques chinoises » qu'il n'y a pas de respect des droits de l'homme ;
o « l'État de droit aux caractéristiques chinoises » qu'il n'y a pas de loi à laquelle une personne peut faire appel pour se protéger des décisions arbitraires du Parti ;
o « Internet aux caractéristiques chinoises », qu'il faut une forte censure imposée à Internet ;
o « la mondialisation aux caractéristiques chinoises », qu'il est impératif de voler la propriété intellectuelle étrangère et de protéger le marché chinois des produits étrangers, tout en exigeant le respect de la propriété intellectuelle chinoise ainsi que le libre accès des produits chinois aux marchés étrangers.
• « Une hypocrisie sans limites, un univers de rhétorique mensongère, un ensemble de phrases qui signifiaient le contraire de ce qu'elles disaient. le monde du Parti était un monde de mensonges, de duplicité et de dissimulation. Les mots n'existaient pas pour exprimer la vérité, mais pour la cacher. »

L'objectif didactique de dos Santos est évident et l'emporte sur l'action romanesque comme c'est généralement le cas dans cette saga consacrée à différents sujets d'intérêt. La thématique du scénario de la femme au Dragon rouge est définitivement d'actualité, entre autres avec les liens qui « unissent » la Russie et la Chine dans la guerre en Ukraine. Elle amène le lecteur à réfléchir sur son rapport à acheter et à utiliser des produits chinois : par exemple des téléphones et des ordinateurs dont certaines composantes sont susceptibles d'en tracer l'utilisation ou des vêtements bon marché « fabriqués par une main-d'oeuvre forcée à travailler et qui n'a pas été rémunérée. En d'autres termes, nous achetons un produit fait par des esclaves et, ce faisant, nous finançons l'esclavage. »

Je ne souligne ici que la pointe de l'iceberg de ce que vous découvrirez dans ce roman troublant. Bien sûr, Tomá Noronha est un super héros : il connaît évidemment « assez bien l'histoire de l'ascension du Parti communiste chinois », entre autres, et est « très à l'aise avec la géographie, comme tout historien ». Les fonctions des unités américaines NAVCOMM, TSCCOMM, CMS, SURTASS n'ont pour lui aucun secret. Il n'hésite pas à sauter en parachute, à revêtir un exosquelette et à tirer sur l'ennemi. Sans oublier, son talent inné pour résoudre un message codé.

Malgré plusieurs redites qui auraient pu être éliminées et quelques « du coup » de la traductrice, ce roman contient de belles descriptions, telle celle du Grand Bazar d'Ürümqi et des scènes sur l'absurdité bureaucratique comme celle avec l'ambassade du Portugal à New Delhi. Il est complété par une carte qui permet de situer l'action, une note finale dans laquelle l'auteur présente ses sources d'inspiration et une vaste bibliographie spécialisée.

À noter dans l'épilogue l'étonnante déclaration de Maria Flor à Tomá qui influencera peut-être le futur de la série : « Quand il s'agit de sentiments, tu n'es rien d'autre qu'un lâche. Tu fuis le passé, tu me fuis, tu te fuis toi-même. Tu as subi un traumatisme et tu refuses de l'affronter, parce que tu as peur d'y faire face. D'où ces courses effrénées, ces aventures constantes, cette fuite incessante. Je pense [...] que le moment est venu, pour nous, de faire une pause. »

Il faut lire La femme au Dragon rouge pour apprendre, tout en se divertissant, à mieux connaître cette République populaire de l'amnésie qu'est la Chine moderne qui s'apprêterait à soumettre l'Europe en 2049, cent ans après le Grand bond en avant de Mao Zedong.


Originalité/Choix du sujet : *****

Qualité littéraire : ****

Intrigue : **

Psychologie des personnages : ****

Intérêt/Émotion ressentie : *****

Appréciation générale : ****

Lien : https://avisdelecturepolarsr..
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Le moins que l'on puisse dire, c'est que lorsque qu'un sujet tient à coeur à José-Rodrigues Dos Santos, il ne lâche rien et va jusqu'au bout. Comme d'accoutumée, l'auteur y va de son expérience, de son savoir et de ses recherches pour rendre son "dossier" le plus fiable et le plus complet possible...

Certes ! le sujet en question, le Parti Communiste Chinois, est très intéressant, et l'auteur est très consciencieux, d'ailleurs j'ai pu vérifié toutes ses informations sur le net, c'est complet, objectif, tout ce qu'on attend dans journaliste tel que lui... Cependant, ce que l'on attend d'un romancier, c'est un peu plus de... roman ! Les personnages principaux sont oubliés et l'histoire traine en longueur par trop d'informations et surtout beaucoup de répétitions. Je me suis lassée pour être honnête.

Pourtant, le concept était intéressant, récit en deux étapes qui se chevauchaient tout le long, c'est à dire, une partie en Chine avec "Madina" et le récit qui explique le pourquoi du comment elle finit par rencontrer Maria-Flor, l'épouse de Tomas Noronha, l'historien héros de cette sage. Puis le récit concernant justement le héros, qui est notre réceptacle à informations sur le Partie Communiste chinois.

Je suis ressortie frustrée de cette lecture, même si, grâce à J.R. Dos Santos, j'ai pu étendre des connaissances sur un sujet qu'au final je connaissais mal, le roman en lui même m'a déçue. Je pense que justement, l'auteur était trop préoccupé à faire connaître son sujet, mais trop...

Je n'arrêterai pas pour autant de suivre cet auteur qui est un vrai bain de sciences, dans la même lignée que Dan Brown.
Lien : https://pasionlivres.blogspo..
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Ce livre vient prendre la première place dans mes coups de coeur. Un thriller extrêmement bien construit qui vient apporter un éclairage implacable sur les plans de la Chine et sa stratégie de dissimulation pour se hisser au premier rang des nations dominantes face à l'Occident. En s'appuyant sur des témoignages de rescapés ou sur des rapports de l'ONU, l'auteur apporte un éveil des consciences et vulgarise un sujet resté confidentiel pour le grand public. En suivant la jeune Madina, appartenant à la minorité Ouïghours du Xinjiang en Chine. Nous allons vivre à ses côtés les multiples persécutions que son ethnie va subir de la part du Parti Communiste chinois.
Nous retrouvons Tomas Noronha, personnage récurent, cryptographe et professeur portugais. Deux femmes viennent de se faire kidnapper à Amritsar en Inde parmi elles sa femme. Pour les retrouver, la CIA compte sur ses compétences analytiques et son expertise en cryptographie et en décodage.
J'ai trouvé que de passer par le mode thriller était une façon astucieuse de faire passer les informations scientifiques et historiques et de dénoncer le génocide des Ouïghours. La narration alterne les chapitres sur le calvaire de Madina et les efforts de la CIA pour retrouver les disparues. C'est très stimulant et on ne peut s'empêcher de tourner les 600 pages de ce pavé, c'est un véritable accrolivre. Au fur et à mesure de ma lecture j'ai retrouvé certains faits divers qui sont passés bien trop vite dans l'actualité et qui mis en situation prennent tout leur sens. Je vous laisse découvrir toute la perversité et l'inhumanité du PCC . Cette lecture aura eu des effets très concrets dans ma vie. J'ai ouvert mon téléphone et désinstallé AliExpress, Shein et Tému, une goutte d'eau qui m'a fait me sentir un peu mieux. Il est rare qu'une lecture m'affecte autant, J.J Dos Santos a réussi à dresser un portrait des ambitions politiques chinoises qui fait froid dans le dos. Bonne lecture.


Lien : http://latelierdelitote.cana..
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Je venais de terminer Dictature 2.0 et voila que j'enchaine avec cette fois-ci un roman ... soit 2 voyages en Chine en quelques semaines !

Autant Dicatature 2.0 est un receuil, une analyse de faits, autant La Femme au Dragon Rouge est un roman d'aventure qui nous emmène dans les méandres des horreurs bien connues du Parti Communiste Chinois (PCC), à savoir ici le génocide systématique pratiqué contre les ouïghours, population musulmane dans la partie occidentale de la Chine.

C'est l'histoire de Madina, jeune ouïghoure, enfermée dans un camp de concentration bien que membre active du PCC, son crime principal étant qu'elle est la petite-fille d'un Imam et nièce d'un homme qui a osé manifester contre le Parti, alors qu'elle auarit dû les dénoncer, même si elle ne savait pas que c'était un crime ...

L'histoire est, comme souvent avec Dos Santos, bien montée, mais le principal réside en la dénonciation de l'hypocrisie du PCC qui essaye de se donner une image d'honorabilité (quitte à acheter ou liquider tout individu) alors qu'en pratique c'est l'institutionalisation d'un système pire que celui des nazis, un autoritarisme racial et social total, et demain certainement un besoin d'expansion pour uniformiser L Histoire afin d'effacer toute trace de mensonge qui pourrait surgir (pour le PCC, il n'y a jamais eu de famine à l'époque de Mao, il ne s'est jamais rien passé place Tien An Men, ...).

Bref, un excellent complément à Dictature 2.0 avec un long épilogue à lire absolument !

Je sens que je vais offrir ce bouquin à de nombreux amis ...
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Je suis toujours très partagé avec cet auteur
Il nous fait des révélations extraordinaires sur des sujets sensibles, mais le tout avec un super “ anti-hero” intellectuel à la JamesBond
J'ai adoré le sujet,
J ai adoré les 50 dernières pages d explications et de recherches , mais qu il m est difficile de lire un “ Marvel” avec un tel sujet et une telle documentation
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Le commentaire de Lynda : ♥ Coup de coeur ♥
Encore un excellent roman bien étoffé de M. Dos Santos, en même temps qu'il nous amène à réfléchir et à penser que les dirigeants des pays auraient besoin de faire une bonne remise en question concernant leur façon de gouverner.
Marina est une jeune ouïghoure, membre du Parti communiste chinois, elle a appris le chinois jeune lors de son incarcération dans un camp de détention chinois pour des crimes qu'elle n'a pas commis. Elle est bien impliquée comme membre du parti communisme pour lequel elle voue pour lui un intérêt absolu pour son leadership.
Tomás Noronha est cryptologue, qui est à la recherche de sa femme avec une autre femme inconnue, qui se fait appeler Dragon rouge, elles ont été enlevées en Inde. Il part en furie pour partir dans une quête pour la retrouver, mais il est confronté à des complications, des embûches, des surprises, etc.
Les faits qui sont soulevés dans le roman, sont corroborés par l'auteur à la fin où il nous offre les notes de ses recherches, qui sont effrayants et surprenants. Des millions de personnes sont enfermées de façon arbitraire dans des conditions semblables aux camps de la mort des nazis. Les survivants ont ensuite été mis à des travaux dégradants et humiliants qui ont propulsé la Chine sur le marché international des produits à bas prix.
Pour ceux qui se sont libérés du joug de ce travail forcé, ils sont rentrés chez eux, étaient dans l'obligation de s'impliquer dans le Parti communiste et d'adhérer à la doctrine proposée.
Une vie sous surveillance totale avec aucune possibilité de faire des écarts, car les répercussions sont le retour dans ses camps-prisons.
Ce récit est un thriller surprenant et captivant, J.R. Dos Santos a réussi à bien installer ses personnages, son intrigue, il explique les plans que la Chine a élaborés, une stratégie qui va intercepter tout ce qui peut l'empêcher de se hisser à la première place afin de devenir une nation plus forte et dominante face aux autres pays, particulièrement ceux de l'Occident au sein de l'ONU.
Je passe toujours un moment inoubliable avec les romans de J.R. Dos Santos, il arrive toujours à me surprendre. À lire absolument, pour ma part, c'est un vrai coup de coeur !
Lien : https://lesmilleetunlivreslm..
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